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Soirée très
réussie à la cinémathèque française pour la découverte de
six courts-métrages de Maurice Pialat sur la Turquie !
Ptite synthèse de
ce que nous avons vu et entendu hier soir :
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Comment se fait-il que
Pialat ait tourné ces courts-métrages datant de 62 ?
Le producteur de ces films, Samy Halfon, était aussi le
producteur de "L'Immortelle" de Alain Robbe-Grillet (dont le
tournage était prévu à Istanbul). Il réclame de l'argent à
la Turquie et au CNC français pour tourner des images
supplémentaires sur Istanbul, engage Pialat et Willy Kurant,
le chef opérateur. Ces images tournées sans scénarii vont
servir au montage de six courts-métrages.
8 Pourquoi ces courts-métrages
sont quasi inédits ?
Jusqu'en 2002, Pialat ne faisait que les citer sans trop
d'informations, comme il le fait sur plein d'œuvres
antérieures. En 2002, Serge Toubiana (Les Cahiers du Cinéma
et actuellement Directeur Général de la Cinémathèque
Française) et Sylvie Pialat (l'épouse du réalisateur) font
une recherche aux Archives Françaises du Film et
re-découvrent les bobines de ces courts-métrages. Certains
sont montrés pour la première fois à Angers au cours d'une
rétrospective Pialat (quelques semaines avant sa mort).
Le court-métrage "Pehlivan" vu hier soir était projeté pour
la première fois dans une salle.
A savoir que ces 6 courts-métrages sont désormais
disponibles en bonus dans l'intégrale Pialat éditée en DVD.
8
Sur les courts-métrages
Le plus abouti des 6 est
Maître Galip avec la voix de André Reybaz sur un
texte de Nâzim Hikmet.
Comme le dit le dossier de presse : "les images n'illustrent
pas les poèmes (quand il est question des "pluies de
printemps", il ne pleut pas à l'image) mais retrouvent, dans
les visages en gros plan, l'atmosphère de la ville, en écho
aux accents de tristesse résignée du poète"
... Debout sur les
escaliers,
un homme pense à un tas de choses.
Maigre,
poltron,
grêlé,
et un long nez pointu.
Maître Galip est célèbre pour les drôles de choses
auxquelles il pense :
"Si je pouvais chaque jour manger des gaufrettes !"
se disait-il à cinq ans.
"Si j'allais à l'école..." se disait-il à dix ans.
"Si je pouvais sortir avant la prière du soir
de la boutique de couturier de mon paternel !"
se disait-il à onze ans.
"Si j'avais des souliers jaunes,
si les filles me regardaient !"
se disait-il à quinze ans.
"Pourquoi mon père a-t-il fermé la boutique ?
L'usine, c'est bien différent de la boutique..."
se disait-il à seize ans.
"Est-ce qu'ils vont augmenter ma paie ?"
se disait-il à vingt ans.
"Mon père est mort à cinquante ans.
est-ce que je vais mourir si tôt, moi aussi ?"
se disait-il quand il avait vingt et un ans.
"Et si je n'ai pas de travail..."
pensa-t-il à vingt-deux ans.
"Et si je n'ai pas de travail..."
pensa-t-il à vingt-trois ans.
"Et si je n'avais pas de travail..."
pensa-t-il à vingt-quatre ans.
Et souvent chômeur,
jusqu'à l'âge de cinquante ans,
il se dit : "Et si je ne trouve pas de travail..."
A cinquante et un ans, il se dit : "J'ai vieilli,
j'ai vécu un de plus que mon père..."
Et maintenant, il a cinquante-deux ans.
Il est chômeur,
Et en ce moment, debout sur les escaliers,
il s'est laissé prendre par la plus bizarre des idées :
"A quel âge vais-je mourir ?
Est-ce que j'aurai une couverture sur moi, quand je mourrai
?"
se dit-il.
Son nez est long, pointu, son visage grêlé.
Le plus surprenant est
Pehlivan sur la lutte traditionnelle avec des hommes
enduits de graisse et vêtus d'une culotte de cuir. Les
images dégagent une grande sensualité / sexualité, avec de
nombreux gros plans sur les corps et les muscles, ainsi que
le mouvement en plans serrés des combats parfois immobiles,
lorsqu'un lutteur semble avoir immobilisé son adversaire en
l'agrippant dans son pantalon. La deuxième partie du film
est consacré à des danseuses (très très jeunes et sûrement
mineures pour certaines) qui dans la même manifestation
(mais pas au même endroit) s'exhibent presque nues devant un
public d'hommes ébahis. Le contraste (voulu sans aucun
doute) est saisissant.
Mylène
Griess
Jeudi 12
janvier 2006
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Le sujet sur
le forum |
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LES
COURTS METRAGES TURCS DE MAURICE PIALAT
Projection à la Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy,
Paris 12ème
MERCREDI 11 JANVIER à 21H00
MAURICE PIALAT
France - 1962 - 75’ - VF
8
Bosphore
France/1962/14’/35mm
Des films de la série, il est le plus classique, par son
harmonie entre la voix et l'image, et le plus pictural
(plans de la rive sous la brume, bateaux de pêcheur sur
l'eau, composés comme des tableaux de paysage). A l'opposé
de Istanbul, qui présente la vie de la ville, il évoque son
passé superposé (Byzance, Constantinople, Istanbul) en
présentant différents sites et monuments (remparts,
mosquées).
8
Byzance
France/1962/11’/35mm
Avec la voix de André Reybaz sur un texte de Stephan Zweig.
Il n'est pas question des fastes de Byzance mais de la chute
de la ville par le sultan (1451-1453) et de son pillage. De
lents travellings sur les ruines de la citadelle et ses
remparts racontent cette perte et ce basculement de l'Orient
gréco-latin à l'Orient musulman (la cathédrale Sainte Sophie
transformée en mosquée).
8
Istanbul
France/1962/13’/35mm
Portrait de la ville d'Istanbul qui s'intéresse moins à son
histoire, à ses monuments, qu'à la vie de ses différents
quartiers et à sa population (métiers de la rue, passants).
8
La Corne d’or
France/1962/13’/35mm
Avec la voix de André Reybaz sur un texte de Gérard de
Nerval
Les images accompagnent le texte de Gérard de Nerval qui
évoque la ville des sultans et des harems, celle des
mosquées et de l'Islam. Tout un art de vivre (pas pour tout
le monde : la misère en coulisses) dont la tradition des
goûteurs d'eau (l'eau du Nil de 1833, réputée la meilleure)
exprime le raffinement. Un temps où différentes communautés
(Turcs, Grecs, Arméniens, Juifs) vivaient en bonne entente.
8
Maître
Galip
France/1962/11’/35mm
Avec la voix de André Reybaz sur un texte de Nazim Hikmet
Le plus beau film de la série, sur des poèmes de Nazim
Hikmet ("J'ai 60 ans, si je pouvais vivre cinq ans encore").
Les images n'illustrent pas les poèmes (quand il est
question des "pluies de printemps", il ne pleut pas à
l'image) mais retrouvent, dans les visages en gros plan,
l'atmosphère de la ville, en écho aux accents de tristesse
résignée du poète.
8
Pehlivan
France/1962/13’/35mm
Un championnat de lutte traditionnelle, avec des hommes
enduits de graisse et vêtus d'une épaisse culotte de cuir.
Dans l'enceinte de cette compétition, des danseuses du
ventre se donnent en spectacle. De tous les films de la
série, il est le seul à aborder de front érotisme et
sexualité. |
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